Réflexions sur l’Affaire Kerviel. Faut il couper plus de têtes à la SG?
3 jours après la révélation de cette affaire, de nombreuses questions subsistent, notamment après les nombreux commentaires plus ou moins avisés qui s’en s’ont suivi.
Je ne reviendrai pas longtemps sur la possibilité ou pas que Jerome Kerviel ait pu, seul ou non, exposer la banque à ce point au risque de marché. Personnellement, je pense que du coté interne, c’est possible. La banque, ses filiales plus ou moins éloignées, et surement d’ailleurs ses concurrents ayant demandé à tous les employés de changer tous leurs codes d’accès, et tout le monde ou presque pouvant témoigner que dans une entreprise la gestion des codes, avec un partage souvent effectué, une non désactivation pour les personnes qui s’en vont ou changent d’affectation, tout ceci m’amène à penser que, plutot qu’un hacker (les systemes de securité informatiques sont redoutables, avez vous déjà essayé de chatter dans une entreprise?), Jérome Kerviel est simplement quelqu’un qui a gardé des codes qu’il utilisait tous les jours auparavant, et que peut être toute son équipe même partageait.
Le passage des barrières internes me parait donc tout à fait plausible. Reste le problème des controles externes, et pour l’instant je n’ai lu aucune indication me permettant de savoir comment il a fait, ou inversement pourquoi c’était impossible. Le futur proche nous en dira surement plus.
Il est intéressant de noter que les témoignages recueillis par les journalistes viennent souvent de personnes qui ne connaissent pas grand chose au détail du fonctionnement d’une salle des marchés. Entendre des économistes ou des politiques parler de “cacher le subprime” me parait absurde. Les autorités financières ont controlé que la banque liquidait bien les positions frauduleuses sans déstabiliser le marché, on ne transforme pas des CDO en futures sur indices comme celà, surtout que ce sont des départements tout à fait différents qui les gèrent.
J’entends aussi des thèses avançant que la Société Générale chercherait à faire passer ses pertes de trading pour l’année par cette affaire. Là encore, l’intervention des autorités comme la BdF ou l’AMF, ou même les informations de la Deutsche Borse invalident cette thèse.
Edit: à ceux qui se demandent comment il a pu avoir à disposition des sommes pareilles, il faut rappeler que les activités d’arbitrage consistent justement à profiter d’incohérence infimes sur le marché en jouant des sommes énormes qui vont produire un gain proportionnellement faible mais sans risque.
La Société Générale prendrait elle le risque de faire un coup monté aussi énorme qu’absurde? Cela parait peu probable.
Attendons donc notamment les déclarations du trader et d’avoir plus d’éléments sur les failles qu’il a utilisées avant de supputer tel ou tel mensonge.
J’ai lu dans ce point de vue très instructif des interrogations sur le maintien en place de Christophe Mianné.
Certes, Christophe Mianné est LE responsable des dérivés actions à la Société Générale. Depuis 20 ans, il a créé et développé avec qq autres ce département (GEDS) qui est devenu le fleuron de la BFI de la SG. Ce département truste les awards du secteur depuis des années, et surtout est une véritable machine à cash, qui depuis 20 ans connait son premier disfonctionnement sérieux. Quand le meilleur footballeur du monde fait une erreur, et envoie un coup de tête au défenseur adverse en pleine finale de la coupe du monde, après avoir permis de gagner tant d’autres matchs, fait on une croix sur son passé?
D’accord, il faut des responsables. L’opinion et les actionnaires exigent que les têtes tombent. Mais l’intérêt des actionnaires par exemple n’est il pas au contraire que le succes de GEDS continue? Que les têtes tombent autour du trader me parait normal, mais il me parait aussi normal qu’on ne sacrifie pas toute la machine pour venger la faute d’un seul individu.
Les responsables de la Société Générale sont déjà largement sanctionnés. Outre financièrement, avec la perte de leur bonus, ce qui représente des sommes colossales, comme le fait remarquer l’auteur de l’article que j’ai mentionné plus haut, c’est surtout un coup à leur honneur qui a été porté.
La perte financière est immense, et bien sur on ne doit pas jeter des fleurs au top management de la SG, mais faut il les renvoyer pour autant? Je ne le pense pas, et je pense que la raison a conduit à garder Daniel Bouton, Jean-Pierre Mustier et Christophe Mianné. Le chef du Trading, Luc François, se trouvait dans une position trop limite pour que sa tête soit sauvée, mais aurait pu aussi mériter cette grâce (il a sans doute été le plus haut gradé à donner son accord à l’embauche de Kerviel).
Après cette histoire, vaut il mieux se séparer des dirigeants? Par qui remplacer Christophe Mianné? En interne, par quelqu’un qui ferait aussi partie du top management, et aurait donc des responsabilités dans l’incident? En externe, chose inédite et dangereuse pour un service qui a toujours promu au mérite?
Faut il laisser des personnes qui connaisent mieux que nulle autre les secrets de cette machine à succès apporter leur expérience à la concurrence?
Ce qui s’est passé ne se reproduira évidemment pas. Ces dirigeants ont senti d’assez près le vent du boulet passer pour risquer à nouveau leur survie et celle de leur département. Christophe Mianné lui même, dans sa conférence interne a averti: au moindre écart déontologique, la moindre faute, si petite soit elle, ne pourra espérer aucune clémence et sera sanctionnée immédiatement et sévèrement. Un message que les employés ont à mon sens bien compris, et qui justifie le maintien de ce centralien à la tête de GEDS.
Par ailleurs, sa promotion en tant que chef des activités globales de marché a été annulée.
Qu’en pensez vous? Faut il en cas de crise grave se séparer du capitaine?
Tags: arbitrage, finance, fraude, Kerviel, Mianné, SG, Société Générale, trading
30 janvier 2008 à 16:30
[…] Les 16 membres du conseil d’administration de la Société Générale, réunis ce mercredi en AG extraordinaire ont décidé à l’unanimité de maintenir Daniel Bouton dans ses fonctions de PDG de la banque, suite à “l’affaire Kerviel“. […]